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martedì 11 novembre 2008

Émile Zola - À mon dernier amour


Émile Zola— Vers inédits

À mon dernier amour


Hier, enfant, tu m'as dit d'une voix inquiète,
Souriant et boudant, te penchant dans mes bras :
« Toi qui chantes pour tous, infidèle poète,
« Sur nos jeunes amours ne chanteras-tu pas ?

« Tu fais métier d'écrire et sèmes ta parole.
« Dis ? que ne m'offres-tu ces bouquets que ta main
« Effeuille sur la route, insouciante et folle.
« Je veux glaner les fleurs que tu perds en chemin.

« Je me fâche, je veux que mon regard t'inspire,
« Que tu chantes mon cœur qui bat pour toi. Je veux
« Que tu dises à tous le miel de mon sourire,
« Et me lises tes vers en baisant mes cheveux.

« Va rimer nos amours, dans le silence et l'ombre.
« Je te donne un pensum et te mets en prison.
« Va chercher sur tes doigts la césure et le nombre,
« Et reviens, m'apportant aux lèvres ma chanson. »

Tu le vois, j'obéis, et penché sur ma table,
Pâle, pressant mon front, ayant de l'encre aux mains,
Mon enfant, je me donne un mal épouvantable,
J'accouche avec labeur de ces quelques quatrains.

J'ai froid. Tu n'es plus là pour me dire : Je t'aime.
Ce papier blanc est bête et me rend soucieux.
Lorsque de nos amours j'écrirai le poème,
Je préfère l'écrire en baisers sur les yeux.

Eh bien ! non, mon enfant, je t'aime et je refuse.
Je sais trop ce que vaut l'once de ce parfum,
Je n'invoquerai pas cette fille de Muse
Qui vend au carrefour de l'encens pour chacun.

Je ne t'appellerai ni Manon ni Musette,
Et j'aurai le respect sacré de notre amour.
La Laure de Pétrarque est un rêve, et Ninette
Est l'idéale enfant du caprice d'un jour.

Je n'imiterai pas les faiseurs d'acrostiches,
Et, tout au fond de moi, je garderai ton nom.
Jamais je ne voudrai joindre deux hémistiches,
Pour enrouler mon cœur autour d'un mirliton.

Il est de ces amours, banales et vulgaires,
Qu'un poète menteur drape d'un manteau d'or.
Il est, dans le ciel bleu, des amours mensongères,
Que riment à seize ans les cœurs vides encor.

Mais il est des amours profondes, des tendresses
Qui forcent les amants à se parler tout bas,
Emplissant les baisers de leurs âpres ivresses :
Ces amours, on les vit, on ne les rime pas.

Nos poèmes à nous, c'est, notre douce vie,
C'est l'heure, chaque soir, passée à ton côté,
Ce sont nos nuits de mai, mon rire et ta folie,
Nos puissantes amours dans leur réalité.

Toujours nous augmentons l'adorable poème.
La page, plaise à Dieu, jamais ne s'emplira.
J'y vais chaque matin écrire : Mon cœur t'aime,
Et je mets au-dessous : Demain, il t'aimera.

Voici tes vers, enfant. Je veux, en récompense,
Que tu me laisses faire un chant à ma façon.
Je te prends doucement dans mes bras, en silence :
Mes baisers deux à deux vont rimer leur chanson.

Écoute-les chanter sur ton front, sur tes lèvres.
Ils ont le rythme, d'or des amoureux concerts.
Ils bavardent entre eux, contant leurs douées fièvres...
J'ai toujours des baisers, je n'aurai plus de vers.

mercoledì 5 novembre 2008

Jean-Marie Blas de Roblès, prix Médicis

Le prix Médicis a été attribué mercredi à Jean-Marie Blas de Roblès pour « Là où les tigres sont chez eux ». Il s'est imposé sur le fil devant Jean-Paul Enthoven pourtant pressenti.

Le prix Médicis a été attribué mercredi à Jean-Marie Blas de Roblès pour « Là où les tigres sont chez eux »(Zulma). Le prix lui a été attribué au quatrième tour à égalité de voix avec Jean-Paul Enthoven pour «Ce que nous avons eu de meilleur» (Grasset), la voix de la présidente Anne Wiazemsky comptant double.

«Là où les tigres sont chez eux» est une variation autour de la figure d'un jésuite du XVIIe siècle, Athanase Kircher. C'est un roman foisonnant de près de 800 pages, auquel il a consacré dix années de travail.

Le personnage principal, Eléazard von Wogau, correspondant de presse dans le nordeste brésilien, part sur les traces de Kircher, jésuite, scientifique un peu charlatan, passionné d'orientalisme et de mathématiques. L'action du roman évolue de l'Europe du XVIIe siècle aux favelas du Brésil d'aujourd'hui.

Jean-Marie Blas de Roblès est un voyageur érudit, philosophe de formation et passionné d'archéologie. Il a enseigné au Brésil et en Chine. C'est son second prix littéraire après celui reçu en 1982, pour «La mémoire du riz et autres contes».
P.B. (lefigaro.fr) avec AFP

lunedì 8 settembre 2008

BAUDELAIRE: Les Fleurs du Mal, Les Chats

Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

Poème de Victor Hugo: Le Mot

Jeunes gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes ;
Tout, la haine et le deuil !
Et ne m'objectez pas que vos amis sont sûrs et que
vous parlez bas.

Écoutez bien ceci :
Tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l'oreille du plus mystérieux
De vos amis de cœur ou, si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.
Ce mot - que vous croyez qu'on n'a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre - Court à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre ;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
Au besoin, il prendrait des ailes, comme l'aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera ;
Il suit le quai, franchit la place, et caetera
Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l'étage ; il a la clé,
Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe,
Entre, arrive, et railleur, regardant l'homme en face,
Dit : " Me voilà ! Je sors de la bouche d'un tel."

Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel.

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